Partager l'article ! Faut-il suspendre les allocations familiales en cas d'absenteisme scolaire ?: Le président Sarkozy a annoncé que les allocations familiales ...
| Juin 2012 | ||||||||||
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Le président Sarkozy a annoncé que les allocations familiales seraient "systématiquement" suspendues en cas d'"absentéisme scolaire injustifié".
Pour ce faire, Le gouvernement envisage de confier aux préfets la responsabilité de suspendre les allocations familiales aux parents en cas d’absentéisme scolaire de leur enfant, et de modifier, par voie législative, le dispositif existant.
Au-delà de la " posture " adopté par notre président, cette " position " dans le droit fil d’une stratégie de répression systématique et disons le " aveugle " constitue-t-elle une solution.
Il me semble que non, 3 fois non et ce sans sombrer dans l’angélisme :
En effet les allocations familiales ont vocation à compenser les charges liées à la présence d’enfants dans les familles. Il s’agit, en particulier dans les milieux les plus défavorisés (et fragilisé par la crise) et qui sont les plus vulnérables. Faire du versement des allocations familiales la " récompense " accordée aux "bons parents ". Si une mesure restrictive devait être prise, la logique de solidarité – et d’équité – devrait amener à s’interroger sur la pertinence de l’absence de conditions de ressource au détriment d’un redéploiement des allocations au profit des plus modeste. Par contre priver des familles de ressources, risque d’aggraver leurs difficultés.
Déjà par le passé, le législateur dans la loi du 2 janvier 2004 avait supprimé le dispositif de suspension et de suppression des allocations familiales en cas d’absentéisme scolaire, au motif qu’il était jugé inéquitable et inefficace.
L’absentéisme scolaire doit nous interpeller sur le pourquoi (pour soigner la cause) plutôt qu’être traité par un répressif injuste parce qu’inéquitable et qui renforcera le sentiment d’abandon des populations désorientées.
Le problème général de notre enseignement est profondément inéquitable : la multiplication des formations – payantes – complémentaires, accessible aux plus aisés, manifeste du sentiment que l’école ne suffit plus à assurer la formation.
Pour les plus pauvres, de tels compléments sont inaccessibles et la paupérisation des écoles des quartiers difficiles, l’absence de perspectives pour les enfants des quartiers difficiles ne sont probablement pas pour rien dans le désintérêt que l’école suscite, en particulier dans certaines familles exclues de l’emploi, de la socialisation. Les " punir " financièrement ne fera qu’accentuer leur sentiment d’être abandonné et exclus du système.
Par contre, donner des moyens aux écoles qui accueillent des enfants, défavorisés, les valoriser, adapter l’enseignement à leur spécificité, sacraliser l’école en leur permettant de se l’approprier constitue certainement une meilleure réponse.
Jusqu’à présent, l’empilement de mesures que des lois récentes n’ont cessé de créer les unes après les autres (loi du 2 janvier 2004, loi du 31 mars 2006 relative à l’égalité des chances, loi du 5 mars 2007 sur la prévention de la délinquance, et loi du 5 mars 2007 sur la protection de l’enfance).La mise en place en 2009, par le Ministre de l’éducation nationale et la secrétaire d’Etat à la Ville, de 5 000 postes de médiateurs de réussite scolaire pour participer à la prévention de l’absentéisme et au renforcement des liens entre les parents et l’école l’organisation au sein des établissements des actions de soutien à la parentalité, et d’appuyer la lutte contre l’absentéisme et le décrochage par la création d’un lien fort avec les familles dans et hors de l’établissement, n’ont jusqu’à présent pas fait leurs preuves. Doit-on détruire ce qui a été fait, ou tenter d’en améliorer l’efficacité, dans un esprit d’incitation, de recherche de solutions positives, d’expérimentations.suivies de généralisation, d’échange avec le personnel d’éducation de terrain ?
Depuis la loi de 2006, un contrat de responsabilité parentale peut être passé avec les parents fixant leurs devoirs en échange de " mesures d’aide et d’action sociales relevant du président du conseil général de nature à contribuer à résoudre " leurs difficultés. En cas de manquement au contrat, le président du conseil général peut demander la suspension du versement des allocations. Il convient de noter que les maires et les préfets ont toute latitude pour saisir les conseils généraux pour la mise en place de ce contrat. Font-ils usage de cette possibilité ?
Avant de poser la question de la sanction, il serait utile de savoir combien de contrats de responsabilité parentale ont été conclus. Quels ont été les moyens mobilisés pour soutenir les parents ? Quels en ont été les résultats ? Si le nombre de contrats est faible, il convient d’en rechercher les causes et non de modifier, une nouvelle fois, un dispositif qui n’a fait jusqu’à présent l’objet d’aucun bilan.
L’Éducation des enfants constitue incontestablement une responsabilité qui nous concerne tous, enfants, parents, enseignants, associatifs, élus … et c’est par la concertation entre les parties, la prise en compte des spécificités des uns et des autres, la capacité à expérimenter des solutions originales, la prise en compte des cas particuliers, une véritable politique de la main tendue, en particulier vers les publics les plus en difficultés. Bref c’est par un travail de terrain, dans le respect réciproque – y compris des enfants, que progressera la résolution de ce fléau humain et économique (9% des personnes âgées de 18 à 65 ans scolarisées en France sont en situation d'illettrisme ! ! !) qui gangrène une partie de notre société !